Les indics – Qui les connaît vraiment ? dans l’ombre, ils informent l’État

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Patch paris cirminal

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Jusqu a 2004, avant la loi Perben 2. Chaque indic a un matricule et payé sur facture sur des comptes cryptès avec un logarithme situé à l’etranger.

Les indics sont des voyous pris dans des histoires de drogues, qui sont devenus cibles, ou les vieux voyous ou suite a des procédures.

Un indic peut faire gagner des années d’enquêtes. A l’heure ou les budgets des forces de l’ordre sont corsetés, les indics sont précieux.

Selon Christophe Cornevin du Figaro. Avant d’engager un indic, un devis est fait par les douaniers.

Les indics permettent de réveler et régler 9 affaires sur 10. La France est la star mondiale de gestion humaine des indics.

Par Christophe Doré
Mis à jour le 05/10/2011 à 13:44 |
publié le 01/10/2011 à 18:03
Dans les services de l'administration fiscale, les visiteurs discrets et bien informés sont rarement mal accueillis. (Jean-Michel Turpin/Le Figaro Magazine)
Dans les services de l’administration fiscale, les visiteurs discrets et bien informés sont rarement mal accueillis. (Jean-Michel Turpin/Le Figaro Magazine)

Ce sont des agents de renseignement plus ou moins officiels, des voyous en bisbille avec le milieu ou des aventuriers tuyautant les douanes sur les trafics en tout genre. Ils sont comptables, honteux de cacher de l’argent au fisc ou citoyens scrupuleux motivés par des objectifs plus ou moins avouables. Tous, ils informent les services de l’État et l’aident à faire respecter la loi. Peu estimés, ces informateurs sont traités de balances, de donneuses, de sycophantes – voire de collabos. Mais, sans eux, la «police serait une grande handicapée. Sourde et aveugle» écrit Christophe Cornevin. Grand reporter au Figaro, il est l’auteur d’une enquête passionnante, Les Indics. Plongée au coeur de cette France de l’ombre qui informe l’État (Flammarion) dont nous publions ici les bonnes feuilles. Du portrait du célèbre Vidocq, forçat mouchard devenu chef de la Sûreté de Paris, à la secrète Brigade nationale de répression de la délinquance fiscale créée en 2010, Christophe Cornevin explore l’univers opaque du renseignement, les rapports complexes de l’indic et de son agent traitant, la valse à mille temps des taupes et des infiltrés. Vous allez découvrir comment les services de police, mais aussi la gendarmerie, les douanes ou le fisc protègent, rémunèrent et parfois manipulent leurs précieux informateurs. Entre cafardages miteux et révélations glorieuses, c’est toute une face cachée de la France d’aujourd’hui qui s’éclaire un peu.

 

Un très secret bureau central des sources

Le cœur de la matrice se situe au sein du très secret Service interministériel d’assistance technique (SIAT). Derrière son intitulé apparemment banal, pouvant presque faire songer à de la maintenance informatique, cette unité se révèle être le fer de lance des services répressifs de l’Etat afin d’infiltrer le crime organisé. Aux confins de la police judiciaire et de la sécurité publique, implanté au sein du quartier général de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), rue des Trois-Fontanot à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, le SIAT ne forme pas seulement une cohorte de «zombies», superflics de l’ombre qui vivent aux côtés des voyous jusqu’à les faire tomber. Il recrute aussi les taupes et, surtout, gère en père tranquille l’une des plus impressionnantes pépinières d’indics que la France ait connue, via le Bureau central des sources (BCS). Personne ou presque ne connaît son existence. Trop confidentiel pour que le grand public y mette son nez. Car à la moindre indiscrétion, des gens peuvent se trouver en danger. Sa mission est d’immatriculer l’ensemble des informateurs de la police nationale sans lesquels les services de terrain ne pourraient élucider la moitié des énigmes criminelles dont ils ont la charge. Ces sources très précieuses font l’objet de toutes les attentions. Elles sont choyées et leurs identités, jalousement gardées pour ne jamais être identifiées (…)

Selon un dernier état des lieux, cette banque de données ultra-secrète abrite mille sept cents numéros de code, soit autant d’indics. À côté de chaque matricule, figurent le nom de l’unité ou de la brigade qui le «traite», le type de spécialité délinquante dans laquelle il peut évoluer ainsi que son périmètre d’action, lequel va du microquartier de banlieue à une région entière. L’élite de la balance, elle, rayonne à l’échelle planétaire.

Sans qu’il y ait de «grille de salaire» particulière pour les informateurs en France, les tarifs sont fixés de manière assez précise. Ainsi, si la dénonciation d’un étranger en situation irrégulière est facturée aux alentours de 50 euros, l’adresse d’un atelier de couture chinois est estimée à 300 euros. Les tuyaux sur l’immigration ne font guère flamber les prix. En revanche, les tarifs actuels peuvent se chiffrer entre 5000 et 10.000 euros en contrepartie d’un bon «rens’», comme on dit dans le jargon « police », permettant de mettre au jour et démanteler un gros trafic de drogue. «Un pactole qui peut faire sourire quand on considère que la revente au détail d’une cargaison de poudre se chiffre en millions d’euros», décrypte un vieux routier du 36 quai des Orfèvres. La bourse aux indics pourrait s’envoler jusqu’à 100.000 euros pour des informations concernant certains dossiers d’envergure internationale ou d’une très haute sensibilité politico-policière.

Fixant de façon prosaïque un barème des prix, le Bureau central des sources ajuste les tarifs avant que le Directeur central de la police judiciaire, grand argentier, ne signe le versement des fonds. Dans 95 % des cas, ils sont accordés et réglés rubis sur l’ongle, toujours en cash, comme l’exige toute balance qui se respecte. Outre l’avantage de pouvoir mener des «opérations mains propres» dans les relations entre les flics ripoux et les truands, ce fichier inédit permet de gérer les indics au jour le jour, en désactivant les mauvais «collaborateurs», quand ces derniers coûtent plus cher qu’ils ne rapportent. Ou quand ils deviennent ingérables (…)

Une «liste noire» a donc été constituée au sein du SIAT pour alimenter une base de données Europol. En France, elle abrite les noms d’une cinquantaine d’informateurs infréquentables. Trente-sept d’entre eux sont classifiés «dangereux», et quatorze non grata, pestiférés et interdits de tout contact avec tout policier. Ils font le tour des polices européennes pour tenter de les escroquer. Quelques cas sont, en la matière, édifiants. Ainsi, Alberto, un escroc d’envergure internationale, a tenté de «revendre» la même filière marocaine de cannabis aux carabiniers italiens, puis au Bundeskriminalamt (BKA) allemand et à un service français moyennant plusieurs milliers d’euros. Seul un recoupement fortuit, effectué entre deux policiers qui se connaissaient, a permis de découvrir le pot aux roses et de rayer à jamais le sieur Alberto de la carte.

Gendarmerie, 750 indics rémunérés

 

Dans une tour de cité, à Sevran (93), l'interpellation musclée d'un dealer présumé. Pour rapidement savoir qui interpeller, où et quand, rien ne vaut un bon informateur. (Jean-Pierre Rey/Fedephoto)
Dans une tour de cité, à Sevran (93), l’interpellation musclée d’un dealer présumé. Pour rapidement savoir qui interpeller, où et quand, rien ne vaut un bon informateur. (Jean-Pierre Rey/Fedephoto)

 

En cette période de disette budgétaire, toute activité chronophage, à la rentabilité incertaine, est proscrite. Sans être considérés comme la panacée, les indics, qui faisaient figure d’épouvantails dans les années 80, ont désormais le vent en poupe. Estimé à 750 à l’hiver 2010, le nombre des indics enregistrés et rémunérés par la gendarmerie française pourrait franchir avec allégresse la barre des 1000 «correspondants» plus ou moins «honorables» d’ici à la fin de l’année. «À un moment, les unités vont cesser d’engranger de nouveaux informateurs dans notre base de données et nous devrions atteindre notre vitesse de croisière d’ici à 2012», annonce-t-on à la Section centrale des sources, où l’on scrute sans cesse le ratio entre le «volume global des sources», le «nombre d’affaires, les incidents et leur nature» et le «volume des rémunérations». Dans le lot, certains informateurs ont été régularisés, c’est-à-dire immatriculés et fichés, sans même vraiment le savoir. L’objectif premier, outre de mettre de l’ordre dans ce maquis des ombres, reste toujours de protéger les agents et les officiers traitants susceptibles de prouver qu’ils ont bien observé les protocoles en cas de grabuge. «La mise de base est fixée autour de 100 euros, confie un enquêteur de terrain. Elle peut correspondre à un tuyau, glané sur le zinc dans un bar ou lors d’une soirée privée, disant qu’untel a acheté un pétard sans pouvoir nous dire quel en sera son usage. Ou encore un gars qui a été le témoin d’une transaction entre deux inconnus portant sur le recel d’une œuvre d’art volée ou encore d’une voiture maquillée…»

La rémunération des indics, comme dans la police, ne rime pas avec jackpot. L’atmosphère est plus proche de la noirceur d’un film de Jean-Pierre Melville ou de Bertrand Tavernier que des soap operas tape-à-l’œil mettant en scène des flics jonglant avec les dollars du côté de Miami. «On ne peut ni ne veut pas trop payer les tontons car il faut qu’ils aient faim en permanence pour revenir nous voir et ne pas prendre de mauvaises habitudes, grince un gendarme. On les maintient en vie, le nez à la surface de l’eau à coups de billets pour qu’ils nous donnent ce que l’on veut savoir.» Lorsque la fameuse « source humaine de renseignements » monte en gamme, les tarifs grimpent. De 1000 euros à 5000 euros à celui qui pourra donner un lieu de rendez-vous entre voyous travaillant sur un coup, les numéros de portables des protagonistes, les plaques d’immatriculation des voitures employées ainsi que la nature du coup en préparation. «Plus on va payer, plus on a des chances d’avoir des informateurs efficaces, témoigne-t-on au Bureau des affaires criminelles. Mais tout est affaire de dosage car le risque est bien sûr que les informateurs montent eux-mêmes un délit pour ensuite le dénoncer et toucher la prime. Quand on sent que l’on est face à un chantier dont on ne comprend pas tout le mécanisme, on laisse tomber l’affaire…»

«En règle générale, le prix d’une information dépend de la loi du marché entre l’offre et la demande, résume un militaire de haut rang. Ainsi, un renseignement menant à la saisie d’un kilo de cocaïne à Sainte-Lucie, un des carrefours du trafic de poudre, ne vaudra pas plus de 300 ou 500 euros. La marchandise y est omniprésente, elle se banalise. En revanche, certains services métropolitains n’hésiteraient pas à mettre au minimum 50.000 euros sur la table pour une saisie d’un quart de tonne à Paris, où le kilo se négocie à 40.000 euros en bout de chaîne…»

La discrète Direction nationale des recherches et enquêtes douanières

 

Un policier de la brigade anticriminalité a rendez-vous avec un de ses informateurs. Une règle d'or : ne pas tisser de liens personnels. (Jean-Pierre Rey)
Un policier de la brigade anticriminalité a rendez-vous avec un de ses informateurs. Une règle d’or : ne pas tisser de liens personnels. (Jean-Pierre Rey)

 

À elle seule, cette unité d’investigation en « eaux profondes » est la principale consommatrice d’« aviseurs ». Comptant 730 agents d’élite faisant partie du cercle très fermé du renseignement, au même titre que la DGSE ou la DCRI, elle a saisi l’année dernière quinze tonnes de drogues, pour une valeur marchande de 178,8 millions d’euros ! Et son action dans la répression du trafic de tabac et des cigarettes a permis la découverte de 173,6 tonnes de marchandises estimées à 46,1 millions d’euros. Sans parler de 1,4 million d’articles de contrefaçons confisqués dans la même période. Longtemps et maintenant encore, des policiers et des gendarmes reluquent avec une pointe de jalousie les affaires colossales et les moyens de leurs homologues.

Dépendants du ministère du Budget, les douaniers ont souvent la réputation d’être sous les gros robinets de Bercy. Une rumeur persistante évoque volontiers les « gros sous » mis à leur disposition pour arroser leurs indics sous une corne d’abondance. Las, le fantasme n’est pas loin. La réalité est en effet moins glamour. Il suffit d’aller dans leur discret QG parisien pour voir que les agents spéciaux des douanes françaises ne roulent que rarement en Mercedes coupé ou en rutilant 4 x 4. Que leur train de vie s’apparente assez peu à celui de James Bond. Sous l’effet amincissant de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), les « aviseurs » ont même été mis à la diète, comme tous les autres indics de France et de Navarre. Car les règles du jeu ont changé depuis la publication d’un arrêté au Journal officiel du 18 avril 2007. Il sonne la période des vaches maigres : la rémunération d’un informateur des douanes ne peut dorénavant plus «excéder la somme de 3100euros, sauf décision contraire du directeur général des douanes». Dans les faits, les primes ne percent le plafond fatidique que pour une affaire sur dix, lorsque le tuyau, de première main, débouche sur un trafic d’envergure, une grosse confiscation et la possible capture d’une équipe ayant un certain relief. Dans ce cas, le montant de la rétribution, «fixée de façon discrétionnaire et ne pouvant faire l’objet d’aucun recours», comme le précise le nouvel arrêté, est calculé selon un barème fluctuant et ultrasecret, connu d’une poignée de hauts responsables. «Si tous nos tarifs étaient dévoilés, certains informateurs deviendraient gourmands et ne s’aligneraient que sur les primes les plus élevées», prophétise avec une prudence de Sioux un chef de service.

«D’autres seraient tentés de faire le tour des services pour aller se vendre au mieux-disant. En fait, nous travaillons sur devis et nous discutons de chaque affaire avec nos correspondants pour ne leur proposer que du sur-mesure…» Cet exercice de haute couture module l’épaisseur des enveloppes versées en espèces. Les sommes varient notamment en fonction du risque encouru par «l’aviseur» quand il balance une affaire. «On ne donnera pas la même somme à un aviseur qui permet la saisie sèche d’un kilo de coke envoyée par voie postale à telle adresse, ou à un second informateur qui, lui, nous offre de confisquer la même quantité de marchandise lors d’une transaction où assistent des passeurs, un porteur de valise ou un semi-grossiste», susurre-t-on à la direction des opérations. Quelle est l’échelle des tarifs lorsque les «caïds» sont livrés clefs en main, menottés sur un plateau avec la marchandise? Là encore, les agents invoquent le devoir de réserve. Seul un détail de l’arrêté de 1957 peut livrer une clef de lecture. Ce dernier stipule que «la rémunération prévue est majorée de 25 ou 50% selon qu’il n’y a pas ou qu’il y a eu capture du délinquant» pour toute affaire ayant rapporté au moins 100.000 francs, liée aux stupéfiants ou à des opérations en mer. Aujourd’hui, à l’occasion de très jolis coups de filet douaniers, le montant des primes peut se chiffrer en centaines de milliers d’euros. Certains affirment que, pour les 10 % d’affaires les plus importantes, dont le retentissement médiatique assoit la réputation internationale des douaniers, il existe un budget «informateurs» dépassant les deux millions d’euros. Une somme que ne confirme pas l’administration. Là encore le sujet reste un tabou. «Absurde de susciter de vaines polémiques», lâche en forme de pirouette un cadre. A Bercy, on aime causer chiffres, mais pas nécessairement devant tout le monde.

Attentifs au bon fonctionnement de l’appareil à distiller les «tuyaux», petits et gros, les agents du budget ont aussi mis sur pied un «service central des sources», situé au siège de la DNRED. A l’image des deux autres structures siamoises qu’animent chacun de leur côté les gendarmes ou les policiers, ce dernier fonctionne loin des regards indiscrets, sous la houlette du Bureau des affaires générales et du secret défense (BAG-SD) dont une des missions est «d’instruire et veiller au suivi des dossiers d’immatriculation des sources». Selon un état des lieux effectué en avril dernier, il abritait les matricules de 2020 aviseurs, dont 1 150 (soit près de 60 % du total) sont traités en direct par les agents de la DNRED et près de 845 par les « échelons » régionaux basés à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Nantes, Rouen et Toulouse, mais aussi dans les zones Antilles-Guyane.

À Bercy, des aviseurs en or

 

Hervé Falciani. «Non je n'ai pas reçu d'argent», affirme cet ex-informaticien à la banque HSBC à Genève, sur France 2 au mois de décembre 2009. Cette source inespérée a livré quelques mois plus tôt aux services du fisc une liste de 2 953 Français détenant des comptes en Suisse. Grâce à lui, Bercy aurait récupéré 500 millions d'euros d'impôts sur des avoirs rapatriés en France. (JP Amet/Fedephoto)
Hervé Falciani. «Non je n’ai pas reçu d’argent», affirme cet ex-informaticien à la banque HSBC à Genève, sur France 2 au mois de décembre 2009. Cette source inespérée a livré quelques mois plus tôt aux services du fisc une liste de 2 953 Français détenant des comptes en Suisse. Grâce à lui, Bercy aurait récupéré 500 millions d’euros d’impôts sur des avoirs rapatriés en France. (JP Amet/Fedephoto)

 

Tout comme aux douanes, les règles du jeu ont changé dans les services fiscaux de Bercy (NDLR : le ministère de l’Economie et des Finances a cessé officiellement de payer ses informateurs à la demande de Nicolas Sarkozy).

À la Direction générale des impôts, la dénonciation a pourtant longtemps servi de ferment aux déclenchements de contrôles en tous genres. Et les corbeaux au service du fisc, aussi appelés «aviseurs», ont été récompensés des décennies durant en monnaie sonnante et trébuchante. Cette pratique institutionnalisée mais non avouée est même devenue l’un des moteurs des bons résultats affichés par cette administration lancée dans sa croisade contre les fraudeurs (…) Une source judiciaire haut placée confie même que les dénonciations furent à l’origine de 10 % des procédures engagées en matière financière. Il faut dire que des coups de fil anonymes comme celui donné à Thierry Jean-Pierre, qui allait déclencher l’affaire Urba, ou ceux reçus par le juge Eric Halphen dans le financement du RPR ont ouvert la voie aux «gorges profondes». Les «super-agents» – aussi appelés les «cow-boys» – des Brigades de contrôle et de recherches (BCR) allaient recruter leurs indics et glaner leurs informations à la sortie du tribunal des prud’hommes.

Si l’appât du gain s’est estompé, les lettres de dénonciation continuent à atterrir sur les bureaux des agents du fisc. Cependant, il est impossible d’en estimer le nombre car les plis considérés ne font l’objet d’aucun récolement statistique. Il semble, contrairement à une tenace image d’Epinal, qu’ils n’ensevelissent pas les centres des impôts. «Quand ce n’est pas le lucre, les motivations sont la jalousie d’un employé évincé, la vengeance d’une maîtresse ou d’un voisin ou, plus rarement, le racisme ou la volonté de voir épingler un concurrent», déplore Vincent Drezet, secrétaire national de la principale organisation professionnelle, le Syndicat national unifié des impôts (SNUI). «Le dirigeant d’entreprise a deux ennemis, le comptable dont il se sépare et la femme qu’il trompe!», plaisante-t-on aimablement entre agents vérificateurs. Quelques libelles publiés ici et là suffisent à saisir la teneur du fléau, tant les auteurs se ressemblent dans la mesquinerie du propos. Certains abusent encore du ton dactylographique, cuvée 1940 : «Monsieur le directeur, je vous signale que M. X fait du travail au noir et il fait de fausses factures aux gens et il ne fait pas ses déclarations d’impôts et il paie pas de redevance télévision il faut l’arrêter c’est pas normal je vous donne son adresse […] et je vous donne son n° de voiture.» D’autres, on le redoute, simulent les maladresses orthographiques pour brouiller les pistes: «Je teins à vous signaler que M. X qui habite Y travail chez M. X depuis plus de deux ans, ce M. X travail sans être déclaré même ce qui parait qu’il touche le RMI, la vie de M. X est très confortable, voiture, terrain, chevaux de course, de la fraude sur tout la ligne, je vous remercie de faire le nécessaire à cette fraude fiscale: sincères salutation.»

Dans la pratique, l’administration fiscale classe les dénonciations en deux familles. «Les mouchardages anonymes sont jetés au panier de manière systématique, poursuit Vincent Drezet. Les plis les plus fantaisistes atterrissent au petit bonheur la chance dans n’importe quelle perception de province. Dépourvues de tout élément et postées dans le but manifeste de satisfaire une envie de nuisance personnelle, ces dénonciations n’ont aucune chance d’aboutir…»

En fait, les mouchardages les plus sérieux se font à visage découvert. Ils sont adressés de manière précise aux bons services et notamment à la redoutable Brigade de contrôle et de la recherche (BCR), service d’incorruptibles méconnus dont la mission est de recouper les informations et de mener des investigations préalables au contrôle. Enfin, les révélations crédibles sont davantage étayées par des chiffres, des dates ou des faits. Le tout est souvent agrémenté de documents comptables et financiers divers transmis à l’insu de leurs propriétaires. Selon un cadre de la Direction générale des impôts, ces dénonciateurs «haut de gamme» sont fréquemment des employés qui décrivent, pièces à l’appui ou grâce à une mémoire prodigieuse, des schémas de fraudes. «Ceux qui nous apportent des affaires sont ceux-là même qui avaient été dans le cercle de décisions menant à la fraude et qui font soudain preuve d’un éclair de lucidité, confie Vincent Drezet. Ces gens, qui faisaient partie du système, viennent vider leur sac parce que l’affaire est trop lourde pour eux et qu’ils veulent percer l’abcès jusqu’au bout…»

Si la délation fiscale ne peut être précisément évaluée, certaines confidences filtrent sur quelques dossiers atypiques. Ce fut le cas de ces 64 familles françaises «caftées» au fisc en 2008 parce qu’elles disposaient de comptes bancaires au Liechtenstein, pour un montant de un milliard d’euros ! D’accablants soupçons, comme l’a révélé l’ancien ministre du Budget Eric Woerth lors d’une audition au Sénat, se fondaient sur la base de renseignements allemands glanés à Londres… Pour mettre au jour cette affaire et faire en sorte que les évadés fiscaux reviennent au bercail sans scandale, les grands argentiers de Bercy n’ont pas déboursé un denier public pour obtenir la liste des fraudeurs, fidèles à leur habitude de ne pas payer les informateurs contrairement à ce qui se pratique outre-Rhin. Ce qui avait fait alors dire à Jean Arthuis, président de la commission des Finances et ancien ministre de l’Économie: «En somme, nous refusons de payer pour obtenir des renseignements, mais si un autre pays paie ces renseignements et nous en fait profiter gratuitement, ça nous va…» Depuis peu, en cette période de montée en puissance de l’escroquerie fiscale sur le plan international, certaines voix s’élèvent pour réclamer le retour de l’aviseur fiscal. Celui-ci, qui ne peut plus être rémunéré par Bercy, pourrait techniquement le devenir par le ministère de l’Intérieur, qui dispose d’un cadre spécifique pour employer ses informateurs. Dans ce cas-là, ces «aviseurs» pourraient travailler officiellement pour le compte d’une structure hybride, combinant savoir-faire des investigations policières et haute technicité des dossiers fiscaux et des mécanismes comptables. Or il se trouve qu’une toute nouvelle Brigade nationale de répression de la délinquance fiscale (BNRDF) a justement ouvert ses portes l’année dernière en région parisienne pour lutter notamment contre les grands fraudeurs et leurs princes de l’évasion. Dans cette hypothèse, les corbeaux du fisc, à qui l’on a tordu le bec, pourraient à l’avenir entonner leurs grinçantes ritournelles.

Les Indics. Plongée au cœur de cette France de l’ombre qui informe l’État, de Christophe Cornevin, Flammarion, «Enquête», 475p., 21,90€.

Par Christophe Doré

Comment Michel Neyret « suggérait »

à ses subordonnés de rémunérer les indics

Ils ne voulaient pas passer pour des « trompettes », alors ils ont menti à leur supérieur hiérarchique, l’ancien numéro 2 de la police judiciaire (PJ) de Lyon, Michel Neyret. Voilà ce qui ressort des procès-verbaux d’audition de l’ex-commandant adjoint de la PJ de Grenoble, Gilles Guillotin, dont Le Monde a eu connaissance. Pris dans les mêmes filets que leur emblématique patron lyonnais incarcéré depuis le 3 octobre, lui et son chef direct, le commissaire Christophe Gavat, ont été mis en examen mardi 4 octobre pour « trafic de stupéfiants »,« détournement de scellés »« vol en réunion » et « association de malfaiteurs ». Sortis libres du cabinet des juges parisiens Patrick Gachon et Hervé Robert, chargés d’instruire cette affaire, ils ont été placés sous contrôle judiciaire, ainsi que deux autres policiers, dont le chef de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Lyon, un jeune commissaire de 33 ans, Aymeric Saudubray.

Interrogé à quatre reprises par les hommes de l’Inspection générale des services (IGS) – la police des polices – au cours de sa garde à vue de 96 heures, Gilles Guillotin, 53 ans, fonctionnaire de police depuis trente-deux ans, a raconté les conditions dans lesquelles Michel Neyret l’avait sollicité : « M. Neyret m’a suggéré que nous pouvions donner un complément de rémunération aux sources, sous forme de produits stupéfiants. En ce qui me concerne, c’est essentiellement du cannabis. » Aux policiers de l’IGS qui le pressent de donner des précisions, Gilles Guillotin assure que Michel Neyret « n’a jamais donné d’instructions formelles, mais c’était une invitation qui revêtait une forme de pression, car il était notre supérieur hiérarchique ».

Gilles Guillotin et Michel Neyret se connaissent depuis longtemps. Le premier, entré dans la police comme gardien de la paix, s’est hissé au grade de commandant. Sans être des intimes, les deux hommes traquent ensemble depuis des années les mêmes malfaiteurs. Et puis ils ont l’un et l’autre la passion des belles voitures, au point qu’une fois, lors d’une conversation téléphonique enregistrée par les enquêteurs, Michel Neyret s’est amusé à faire vrombir le moteur d’une Ferrari qui lui avait été prêtée par un escroc, afin que Gilles Guillotin puisse l’entendre.

Le commandant Guillotin travaille régulièrement avec des informateurs.« Essentiellement dans les stupéfiants, mais aussi en matière de braquage », dit-il à l’IGS. Il dispose d' »indics » enregistrés au bureau des sources à la direction centrale de la police judiciaire, comme l’exige la loi de 2004, mais « il y a aussi des informateurs qui donnent ponctuellement des informations aux divers policiers qui ne sont pas officiellement enregistrés ».

Il y a un an et demi, Gilles Guillotin apprend qu’un de ses indics sort de prison. « Amigo » – c’est le nom donné à cet indic – le conduit vers des affaires de braquage et de stupéfiants. « C’est là que Neyret s’est manifesté auprès de moi, indique M. Guillotin à l’IGS. Lorsqu’il a émis l’idée de remettre de la résine de cannabis, j’ai « shooté » en touche en lui disant de s’adresser à Gavat (le supérieur direct de M. Guillotin). Puis avec Gavat, nous nous sommes entretenus entre quatre yeux poursavoir ce qu’on allait faire. On a convenu de faire semblant d’accepter, de fairecroire à Neyret qu’on acceptait pour ne pas passer pour des trompettes, et nous n’avons rien fait. »

Courant juillet, grâce à « Amigo », la PJ grenobloise met la main sur près de 90 kg de cannabis. Michel Neyret demande alors aux deux Grenoblois d’en « prélever » une partie – environ 25 kg – avant que la saisie ne soit détruite à l’incinérateur. Visiblement impatient de toucher sa cargaison, Michel Neyret téléphone le 29 août à Christophe Gavat pour savoir si « du produit a pu être récupéré ». M. Gavat le rassure, mais, selon ses dires et ceux de M. Guillotin, il ment. « Nous avons faitcroire à Neyret (que nous avions récupéré du cannabis) car il nous mettait la pression », glisse M. Guillotin aux enquêteurs de l’IGS.

C’est que, depuis avril, Michel Neyret a resserré ses contacts avec les escrocs qui lui offrent des voyages au Maroc, des séjours sur la Côte d’Azur, le font rouler en Ferrari et naviguer sur des yachts de luxe. Au chef adjoint de la PJ lyonnaise, ces escrocs, dont certains, comme Stéphane Alzraa ou Gilles Benichou, sont connus de la justice, réclament du cannabis. Le 30 mai, comme le dévoilent des écoutes téléphoniques, Michel Neyret tente de les faire patienter.

Tous les policiers des stups de Lyon n’entraient pas dans la combine de M. Neyret. Ainsi, il ressort d’une des écoutes que celui-ci recommande à l’un de ses collaborateurs de s’adresser plutôt à l’un qu’à l’autre car « ce serait plus jouable ». Au total, Michel Neyret, qui aurait reconnu devant l’IGS être seul à l’initiative de ces détournements, aurait essayé de soudoyer une dizaine de policiers, conscients d’enfreindre la loi mais ignorant les dérives de leur charismatique patron.

Yves Bordenave
LIBYE: après Kadhafi, la « pax americana » ! Le peuple libyen « libéré » va maintenant se faire plumer par les ricano-otano-occidentaux, Ricains en tête…
Quand les Ricains « libèrent » et s’installent, ils ne partent plus …
RoRo
From: Xarlo
Sent: Thursday, October 20, 2011 5:45 PM
Baobabs galore – Gweta, Botswana
Gweta, Botswana
Version traduite plus bas
Oct 21, Baobabs galore, Gweta
We stayed at Planet Baobab
« It’s hard!! Laughs Fabyan… his hands at the wheel, at the same time looking at the rpms on the dash board, trying to change feet at the pedals and shifting gear at the same time….
Temps: Ensoleillé
Pelouse: Parfaite
Joueurs présents (27): Florent C,Pierre Louis M, Corentin D, Mathieu M, Charles S, Christophe P, Simon VDH, Martin P, Gaultier R, Momo, Paul Castiau, Guillaume A, Greg B, Geoffroy P, Quentin P, Sébastien M (et Raphael) Hugues B, Vivien S, Alexandre Be, Arthur, Edouard M, Thibault B, Thibault L, Guillaume et…
Ce n’est qu’un aurevoir, Koh Tao ! – Ko Tao, Thailand
Ko Tao, Thailand
Where I stayed
Ananda Villa
(Bangkok hotels)
Avant-propos : 1) désolée pour les inquiets… J’étais occupée🙂 et 2) pleins de mini histoires ici alors… essayez de suivre ! J’ai quitté avec GRANDE
This week we have two guest posts from our Language Rich Europe partner in France, the Observatoire européen du plurilinguisme. The first article discusses soft power and a plurilingual Europe. Translations in German, English, Spanish, Greek, Italian, Portuguese, Romanian and Russian are available on-line.
La tombe de l’ancien président burkinabè Thomas Sankara a été vandalisée. À défaut d’issue judiciaire dans l’affaire de son assassinat, le lieu cristallise gêne, débat et émotions.
Un mythe emprisonné est plus dangereux qu’un mythe mort. C’est sans doute pour cette raison que les putschistes burkinabè du 15 octobre 1987 ont préféré éliminer le…

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