Dominique Moïsi, Un Juif improbable : le témoignage d’un citoyen européen

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Europe

Image via Wikipedia

Attention à la désaffection envers l’Europe, bénéfice des notions identitaires et individualistes. L’Europe représente nos valeurs, notre passé et notre histoire… Ici vous trouverez un témoin de l’histoire qui s’est senti européen dès son plus jeune âge. Né post – 2nd Guerre Mondiale, d’une maman qui s’était convertie au catholicisme dès les années 30 et son père qui est revenu de la déportation allemande, fût finalement juif d

Quand, enfant, Dominique Moïsi eut l’âge d’apprendre à compter, il le fit en gravant dans sa mémoire 159721, les chiffres qui étaient tatoués sur le poignet de son père. Celui-ci avait survécu à Auschwitz, aux expériences médicales des Nazis, il vivrait. jusqu’à quatre-vingt-dix ans. Et il transmettrait à son fils un instinct de vie viscéral, son refus de jouer les Prophètes du malheur, et son amour pour la France, à la fois intense et torturé. Né au lendemain de la Libération, Dominique Moïsi a connu une carrière hors normes, courant d’une université à l’autre, sautant d’un continent à l’autre, défendant à Jérusalem et aux Etats-Unis l’idée que l’Europe n’était pas morte. Qu’il en était l’exemple paradoxal et convaincu. Ce récit résolument personnel devient bientôt le portrait d’une génération, celle de l’immédiate après-guerre qui doit lutter contre les fantômes de l’Histoire pour reconstruire un continent qui avait coulé. Un témoignage passionnant et moderne…

« Un juif improbable »,

de Dominique Moïsi :

comment devenir européen ?

 Ecrire ses Mémoires à 65 ans, lorsqu’on est ni un homme d’Etat ni un grand nom de la création artistique, est-ce bien raisonnable ? Dominique Moïsi, cofondateur de l’Institut français des relations internationales (IFRI) et l’un des plus fins commentateurs des questions de politique étrangère, n’avait pas cette idée en tête lorsqu’il a entrepris ce livre : il voulait écrire sur l’Europe. Puis, à la réflexion, il s’est dit que raconter comment lui, Dominique Moïsi, était devenu européen serait sans doute la meilleure façon d’expliquer l’Europe.

Lui, c’est d’abord un petit garçon, fils unique, né à Paris au lendemain de la seconde guerre mondiale, d’un père juif rescapé d’Auschwitz, où il avait été envoyé sur dénonciation d’un collègue, et d’une mère juive convertie, adulte, au catholicisme.

Ce baby-boomer-là n’a pas l’optimisme radieux de ses contemporains d’outre-Atlantique, au contraire : il porte sur ses épaules le pesant secret de cette déportation dont son père mettra quarante ans à lui parler, une culture de l’art classique européen dans laquelle l’immerge très tôt sa mère et les interrogations d’une identité troublée.

Cette quête le mène, après de sages études au lycée Buffon et à Sciences Po, en Israël, où il va faire son doctorat à l’Université hébraïque de Jérusalem, sous la direction de Saul Friedländer.

  Saul Friedländer (né le 11 octobre 1932 à Prague) est un historien israélien spécialiste de la Shoah et du nazisme, auteur de nombreux ouvrages. Né sous le prénom de Pavel d’une famille juive parlant allemand, il a grandi en France. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ses parents l’ont caché dans un orphelinat catholique, non loin de la frontière suisse, espérant eux-mêmes trouver refuge dans ce pays neutre ; mais les douaniers suisses les ont refoulés, car à ce moment-là (en 1942) la Suisse n’acceptait les réfugiés juifs que s’il s’agissait de familles avec des enfants en bas âge ou de femmes enceintes ; ayant laissé Pavel derrière eux, les parents Friedländer ne correspondaient pas aux critères d’admission et ils ont été renvoyés en France, puis déportés1. Saul Friedländer découvre bien plus tard que les couples avec des enfants de moins de 10 ans pouvaient passer, et que les autres étaient refoulés. Ses parents ne l’avaient pas emmené, pensant que c’était trop dangereux. S’il avait été là, tous auraient été sauvés. Dans l’institution catholique qui le cache, il devient Paul. Sans nouvelles de ses parents durant plusieurs années, Saul Friedländer a finalement appris en 1946 que ses parents disparus pendant la guerre étaient morts en déportation. Quand il arrive en Israël, en 1948, on lui demande s’il a un prénom hébreu. Comme il sait, grâce à son éducation catholique, que Saul, sur le chemin de Damas, était devenu Paul. il choisit Saul comme prénom. Après avoir obtenu un doctorat en Histoire à l’université de Genève, il s’est engagé activement dans les combats du mouvement sioniste en Israël en rejoignant les rangs de l’Irgoun.

Revenons à Interrogations identitaires

Mais Israël ne le conquiert pas. Car, entre-temps, il y a eu une rencontre avec Raymond Aron :

Raymond Aron
Philosophe occidental
xxe siècle
Raymond Aron en 1966
Raymond Aron en 1966

Raymond Claude Ferdinand Aron, né le 14 mars 1905 à Paris et mort le17 octobre 1983 dans la même ville, est un philosophesociologuepolitologue etjournaliste français, défenseur du libéralisme.D’abord ami et condisciple de Jean-Paul Sartre et Paul Nizan à l’École normale supérieure, il devient lors de la montée des totalitarismes un promoteur ardent du libéralisme, à contre-courant d’un milieu intellectuel pacifiste et de gauche alors dominant.

Pendant trente ans, il est éditorialiste au quotidien Le Figaro. Durant ses dernières années, il travaille à L’Express. Grâce à des compétences et des centres d’intérêt multiples – en économiesociologiephilosophiegéopolitique – il se distingue et acquiert une grande réputation auprès des intellectuels. Ses convictions libérales et atlantistes lui attirent de nombreuses critiques, venant des partisans de la gauche, comme de ceux de la droite.

Raymond Aron dénonce dans son ouvrage le plus connu, L’Opium des intellectuels, l’aveuglement et la bienveillance des intellectuels à l’égard des régimes communistes. Il garde néanmoins tout au long de sa vie un ton modéré. Il est un commentateur reconnu de Karl MarxCarl von ClausewitzKojève et Sartre.

Il est le père de Dominique Schnappersociologue nommée au Conseil constitutionnelen 2001.

Raymond Aron  deviendra le mentor du jeune étudiant Dominique Moïsi. Il y a eu aussi Harvard, grâce à une bourse Sachs providentielle, proposée par Roger-Gérard Schwartzenberg.

Roger-Gérard Schwartzenberg
Portrait Roger-Gérard Schwartzenberg.jpg


Mandats
Ministre de la Recherche
27 mars 2000 – 5 mai 2002

Roger-Gérard Schwartzenberg, né le 17 avril 1943 à Pau (Pyrénées-Atlantiques), est un homme politique français, qui a été président du Mouvement des radicaux de gauche (MRG), aujourd’hui Parti radical de gauche (PRG), dont il est président d’honneur. Il a été député au Parlement européen (19791983), député à l’Assemblée nationale (19862007) et ministre (19831986 et 20002002). Par ailleurs, il est professeur à l’université Paris II (Panthéon-Assas).

Universitaire, Roger-Gérard Schwartzenberg a établi un double record. D’une part, il est agrégé de droit public dès l’âge de 25 ans, en 1968 : il est alors le plus jeune professeur de Faculté de France, en poste d’abord à Orléans. D’autre part, il est élu à 26 ans, en 1969, professeur à la Faculté de droit de Paris, (devenue Université Paris II Panthéon-Assas). Simultanément, il est professeur à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences po) de 1972 à 1983.

Spécialiste de science politique, il est l’auteur d’une dizaine de livres dont La campagne présidentielle de 1965 (1967), La guerre de succession ou l’élection présidentielle de 1969Sociologie politique (1971, 5e édition : 1998), L’État spectacle(1977), La Droite absolue (1981), La Politique mensonge (1998), 1788 : Essai sur la maldémocratie (2006), L’État spectacle 2 (2009).

Dans un article du Monde du 11 février 1981 (intitulé « Le triangle du pouvoir »), François Mitterrand le place « au premier rang de nos écrivains politiques ».

Au plan politique, il est président du Mouvement des radicaux de gauche (MRG) de 1981 à 1983, date à laquelle il entre au gouvernement.

Par ailleurs, il a créé l’Institut de la vision (dirigé par le Pr José Sahel), l’Institut de la longévité et du vieillissement (animé par le Pr Étienne-Émile Baulieu) et l’Institut des maladies rares (dirigé par le Pr Alain Fischer).

 

C’est paradoxalement en Amérique que Dominique Moïsi, qui sait parfaitement jouer de sa « french touch » dans les salons bostoniens, comprend que son identité profonde, ce n’est ni d’être français ni d’être juif, c’est d’être européen.

Dans les séminaires du Centre d’études européennes animé par Stanley Hoffmann,  citoyen français depuis 1947, il passe son enfance entre Paris et Nice, avant d’étudier à l’Institut d’études politiques de Paris, où il est major de la section Service public en 1948, à la faculté de Droit de Paris, puis à Harvard (étant donné l’impossibilité pour lui de passer de concours de l’ENA avant 1952, en raison des lois françaises sur la naturalisation). Il fait une carrière universitaire aux États-Unis et fonde notamment le Centre d’Etudes Européennes de Harvard en 1968. Stanley Hoffmann a également participé en tant qu’expert politique au film « le monde selon Bush » traitant des dérives de l’administration Bush après l’élection de ce dernier à la Maison Blanche en 2000.

Dominique Moïsi rencontre, au tout début des années 1970, des Britanniques, des Italiens et surtout des Allemands, que son statut d’enfant de déporté passionne. « Nous nous sentions tous différents des Américains, partageant des valeurs qui n’étaient pas tout à fait les leurs, écrit-il. Nous avions cessé d’être en guerre avec nous-mêmes, nous ne l’étions plus les uns avec les autres, nous ne traversions pas une crise existentielle aussi déprimante que celle qu’avait creusée la guerre du Vietnam chez les Américains. » A Harvard, il rencontre aussi celle qui deviendra sa femme, l’historienne Diana Pinto, (historienne italienne et ancienne consultante pour le Conseil de l’Europe. Elle est l’auteur de The Wager : Reconciling Europe and the Jewish World in the 21st Century), une juive italienne aux prises avec les mêmes interrogations identitaires, qu’elle affronte plus directement. A deux, ils seront plus européens. Plus forts.

Après cette découverte de l’Europe à distance, il lui est plus difficile de s’identifier à Israël. La guerre de Kippour confirme Dominique Moïsi dans son sentiment que ce pays ne peut indéfiniment exclure « l’autre, l’Arabe et le Palestinien » ; il en voit le symbole dans « l’incongruité » du drapeau blanc et bleu, frappé de l’étoile de David, orgueilleusement planté sur la paisible Jéricho.

C’est donc Raymond Aron qui va le recueillir, à Paris, pour le mettre sur les rails de l’IFRI, qui naît en 1979. Dix ans plus tard, la chute du mur de Berlin est pour lui comme l’aboutissement d’une longue quête, « la réconciliation, écrit-il, entre mes trois identités, française, européenne et juive ». Qui mène à la définition de l’Europe idéale de Dominique Moïsi : « A la complexité des identités doit répondre la clarté absolue des valeurs. » Finalement, l’autobiographie était une bonne idée.


UN JUIF IMPROBABLE de Dominique Moïsi. Flammarion, 349 p., 19 euros.

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À propos de Maï SALAÜN

Tous les grands qui ont réussi dans le passé ont été des visionnaires, des hommes et des femmes qui se sont projetés dans l'avenir. Ils ont pensé à ce qu'ils pourraient être, plutôt qu'à ce qu'ils étaient déjà et ensuite, ils se sont mis en action pour faire de leur vision une réalité. Femme libre indépendante intolérante indécente incandescente. Une extrémiste de l amour et totalement conformiste sur la vie avec une arme de destruction massive : le facteur travail. J'ai les goûts les plus simples du monde, je ne me contente que du meilleur.

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