Immigration professionnelle : Guéant prend un virage à 180°. Maï SALAÜN

Publié le
08/04/11 | 07:00 | Marie Bellan4commentaires

L’immigration légale a augmenté de 10 % en 2010 pour atteindre 190.000 personnes. Le ministre de l’Intérieur veut réduire ce flux, notamment les autorisations de travail.

ECRIT PAR
Marie BELLAN

Marie BELLAN
Journaliste

Immigration professionnelle : Guéant prend un virage à 180°

C’était l’un des chevaux de bataille de Nicolas Sarkozy pendant la campagne de 2007. Pour attirer des travailleurs étrangers dans des secteurs en pénurie de main-d’oeuvre, le futur chef de l’Etat voulait favoriser l’immigration professionnelle, baptisée « immigration choisie ». La remontée du chômage due à la crise avait déjà porté quelques coups de canif à ce credo. La campagne pour 2012 pourrait lui donner le coup de grâce. Dans « Le Figaro Magazine », le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, annonce en effet sa volonté de réduire le nombre de personnes admises au titre de l’immigration de travail.

L’effet sera limité sur les flux migratoires car le nombre de titres de séjour délivrés pour raison professionnelle est encore restreint, malgré le volontarisme politique affiché. En 2010, il représentait 30.000 personnes (contre 80.000 pour l’immigration familiale). Par ailleurs, entre 15.000 et 25.000 personnes sont régularisées chaque année par les préfectures, selon des sources officieuses. Un chiffre que le ministère a toujours refusé de publier.

Pour réduire l’immigration professionnelle, le ministère a plusieurs choix : soit revoir à la baisse la liste des 150 métiers qui ouvrent droit à un titre de séjour pour les étrangers non communautaires disposant des compétences requises, soit renégocier les accords de gestion concertée des flux migratoires avec les pays sources d’immigration, qui prévoient notamment des quotas de travailleurs immigrés accueillis en France en échange de réadmission dans leur pays d’étrangers sans papiers. Pour Dominique Paillé, nouveau directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, « ces accords devraient pouvoir varier en fonction du taux de croissance du pays d’accueil, car c’est en période de récession économique que les problèmes d’acceptation et d’intégration se font surtout sentir ». Au cabinet de Claude Guéant, on défend la « volonté de bien accueillir les étrangers que la France a choisi de faire venir. Il faut ralentir l’immigration légale pour éviter d’engorger les dispositifs d’accueil ».

Du côté des employeurs, il n’est pas sûr que la mesure soit accueillie avec enthousiasme. Les 20.000 admissions au séjour à titre professionnel sont déjà insuffisantes pour pallier les pénuries de main-d’oeuvre qui sévissent dans plusieurs métiers, notamment les aides à domicile, les cuisiniers, les puéricultrices ou encore les informaticiens, sans parler du secteur du bâtiment. Selon une récente étude (voir « Les Echos » du 6 avril 2011), les entreprises jugent qu’elles auront du mal à pourvoir dans les prochains mois 37,6 % de leurs offres d’emploi.

Parallèlement, le ministre de l’Intérieur souhaite réduire le regroupement familial, qui en 2010 représentait 14.500 personnes venues rejoindre sur le territoire français un ressortissant étranger. Là encore, il s’agit d’un chiffre modeste au regard des 52.000 conjoints étrangers de Français autorisés en 2010 à venir s’établir en France. Pour passer en dessous de la barre des 14.500 personnes, le gouvernement dispose de peu de marge de manoeuvre, les conditions de regroupement familial (niveau de ressources, logement, durée de séjour, mesures d’intégration avant le départ) étant déjà très exigeantes.

« Une vision rabougrie »

Dans sa volonté de réduire les flux d’immigration légaux, qui ont augmenté de 10 % en 2010 pour atteindre près de 190.000 arrivants selon les chiffres de l’association France Terre d’asile, le ministre de l’Intérieur n’a pas dit un mot des autorisations de séjour délivrées aux étudiants, qui représentent pourtant un total de 65.000 personnes en 2010 (+ 25,5 % par rapport à 2009). C’est l’une des sources d’immigration qui a connu la plus forte augmentation ces dernières années.

Ces nouveaux objectifs affichés par le gouvernement ont semé le trouble. Interrogée sur France 3, la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, s’est démarquée des déclarations de Claude Guéant en affirmant que l’immigration légale devait être « protégée et sécurisée ». A gauche, Laurent Fabius a dénoncé « une vision rabougrie de la France ». Et d’ajouter : « Le monde moderne est un monde de brassage et dire qu’il faut réduire et pourquoi pas supprimer toute immigration légale, c’est évidemment flatter le côté le plus médiocre. »

MARIE BELLAN, Les Echos

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :