« La France se tient plus que jamais aux côtés des Egyptiens dans cette nouvelle phase de leur histoire »

A l’occasion d’une visite en Arabie Saoudite, le Premier ministre François Fillon s’est rendu sur le porte-avions Charles de Gaulle au large de Djeddah en Mer Rouge, samedi 12 février.

Amiral,

Mesdames et Messieurs les officiers, officiers-mariniers, quartiers-maîtres et marins,

J’’ai souhaité venir à votre rencontre pour vous exprimer directement la reconnaissance de la Nation et du Gouvernement.

Les manoeuvres auxquelles je viens d’assister révèlent votre rigueur et votre professionnalisme, et je veux dire qu’elles forcent l’admiration. Vous méritez l’estime que le peuple français vous porte et vous méritez la confiance que le Gouvernement place en vous. Sur la route qui vous ramène à vos familles après 3 mois et demi en mer, je veux simplement
vous dire que vous pouvez être fiers du travail accompli. Entre les opérations menées au large du Pakistan en soutien au combat en Afghanistan, et celles menées dans le Golfe d’Aden au profit de la force Atalante de lutte contre la piraterie, votre mission a été bien remplie. S’y ajoutent les exercices menés en coopération avec les pays amis, les Emirats Arabes Unis, l’Inde, les flottes alliées et ici, au large de l’Arabie Saoudite. Equipage du navire amiral de la flotte française de combat, vous êtes le symbole de la détermination de la France à assumer pleinement ses responsabilités dans un monde en plein bouleversement. Tous les jours, de nouvelles puissances grandissent et redessinent les équilibres stratégiques. Récemment, des aspirations démocratiques fortes sont venues s’exprimer jusqu’aux rivages de cette mer Rouge. Avec le départ du président Moubarak, une page nouvelle s’ouvre pour l’Egypte.
Je tiens à rendre hommage à cette décision courageuse de quitter le pouvoir, décision qui répond aux fortes aspirations du peuple égyptien, à la démocratie, à la liberté, à la dignité. C’est aux Egyptiens qu’il revient d’apprécier l’action d’Hosni Moubarak et la trace qu’il laissera dans l’histoire de son pays. Mais personne ne pourra contester la contribution qu’il a apportée à la cause de la paix dans la région. Je souhaite que la transition qui s’est engagée aille jusqu’à son terme, qu’elle soit démocratique, qu’elle soit pacifique et crédible et qu’elle aboutisse à des élections libres et transparentes. C’est là la responsabilité essentielle des actuels dirigeants égyptiens, qui doivent en outre garantir à la population de pouvoir continuer à s’exprimer librement et dans la sécurité. Audelà
de la satisfaction des attentes légitimes du peuple égyptien, dont le courage force l’admiration et le respect, nous souhaitons que l’Egypte puisse conserver le rôle majeur qu’elle a toujours exercé sur la scène régionale, au service de la stabilité du Proche et du Moyen-Orient. La France, amie de toujours de l’Egypte, se tient plus que jamais au côté des
Egyptiens dans cette nouvelle phase de leur histoire. Le monde qui se dessine est porteur de beaucoup d’espoirs, mais vous savez qu’il est
porteur aussi de beaucoup de menaces. La menace du terrorisme, celle de la piraterie, celle de la cybercriminalité, celle de l’interconnexion entre les réseaux de trafiquants. Notre pays est en première ligne pour que la gouvernance mondiale prenne en compte cette nouvelle réalité géopolitique. Et nous nous y employons cette année à la tête du G20 et du
G8. Loin de s’agripper à des privilèges hérités du passé, la France oeuvre pour que la mondialisation soit plus régulée et plus juste.

Peu d’outils mieux que le Charles de Gaulle disent notre détermination à assumer notre statut de puissance indépendante et responsable. Il porte à travers les mers du globe le nom d’un homme qui a refusé la soumission, d’un homme qui a combattu pour la souveraineté nationale autant que pour la liberté du monde. Avec son groupe aérien et son escorte navale,
le Charles de Gaulle est un concentré de technologies de pointe et de savoir-faire industriels d’exception.

Avec les Etats-Unis, nous sommes le seul pays au monde capable aujourd’hui de construire, de concevoir un porte-avions nucléaire avec son groupe aérien embarqué. Le Charles de Gaulle est une composante clé de notre dissuasion nucléaire, c’est cette dissuasion qui garantit notre indépendance stratégique et notre autonomie de décision. C’est cette dissuasion qui nous permet d’assumer toutes nos responsabilités de membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, au service de la paix et au service de la sécurité internationale.
Et comme l’a souligné le Président de la République, c’est cette dissuasion aussi qui procure une assurance-vie à la Nation française. Le Charles de Gaulle est aussi un acteur majeur de notre projection de puissance. Son déploiement nous permet de peser sur la scène internationale pour rétablir la paix, aux côtés des 9.400 hommes et femmes actuellement déployés par la France en opérations extérieures.

La France, Mesdames et Messieurs, continuera à déployer une marine océanique à vocation mondiale. Cette ambition exige que nous sachions nous adapter aux nouvelles réalités. La première d’entre toutes, c’est la contrainte budgétaire à laquelle nous sommes soumis.

Pendant 30 ans, la France a creusé les déficits avec insouciance.
Aujourd’hui le résultat est là, chaque année c’est l’équivalent d’un peu plus d’un budget entier de la Défense qui est affecté au seul remboursement des intérêts de la dette. Si nous ignorons la contrainte budgétaire, alors c’est notre souveraineté nationale même qui sera mise en péril. Mais il ne s’agit pas de sacrifier l’équipement de nos forces ni d’arrêter d’investir. Et sur ce point je veux dire qu’au contraire, nous avons été vigilants dans le cadre de la loi de programmation militaire et lors de la préparation du budget de la Défense. Nous continuons à moderniser notre outil de dissuasion. En fin d’année dernière « Le Terrible », dernier-né de la flotte des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins a été admis au
service actif, comme le M51 et l’ASMP-A sous Rafale. Parallèlement vont bientôt débuter les essais à la mer d’un troisième bâtiment de projection et de commandement, le Dixmude. Nos troupes en Afghanistan ont reçu l’équipement en VBCI, et elles recevront bientôt l’équipement Félin que nous leur destinons. Enfin, malgré les grandes difficultés que vous
savez, nous avons réussi à consolider le programme de l’A400 M.
Pour maintenir ce niveau d’ambition, le ministère de la Défense a dû engager des réformes exceptionnelles. Et je suis parfaitement conscient que pour les personnels de la Défense, ces réformes exigent des efforts considérables en ce début d’année. Ce sont d’ailleurs des réformes qui vous touchent directement puisqu’au 1er janvier – avec la
réforme de la carte militaire – la base navale de Toulon, votre port d’attache, est devenue une base de défense. Mais pour préserver l’essentiel, je veux vous dire que nous n’avons pas d’autre option.
Pour l’avenir de notre défense, la maîtrise de la dépense engagée en France et à l’échelle européenne est décisive. Nous y parviendrons d’autant mieux que nous saurons développer les coopérations avec nos partenaires. Cela signifie recourir à des programmes d’armement
conjoints, mutualiser nos matériels et nos équipements, déployer ensemble certaines de nos capacités.

Et c’est dans cet esprit que nous avons scellé, en novembre dernier, un rapprochement historique avec le Royaume-Uni en matière de défense. Nous souhaitons qu’il inspire l’ensemble de nos partenaires européens. C’est une évolution qui vous concerne directement et qui va venir bousculer de longues traditions de notre marine, puisque l’un de
nos projets est de constituer – avec nos alliés britanniques – un groupe aéronaval conjoint.

Aujourd’hui, notre rencontre au large de l’Arabie Saoudite est chargée de signification. Cette région est stratégique pour la sécurité de la France et pour la stabilité du monde. Du Pakistan au Sahel, en passant par le Golfe d’Aden et de Moyen-Orient, l’arc de crise est devenu réalité. Il a fait émerger des défis spécifiques auxquels nous avons l’obligation de répondre. Les assassinats et les enlèvements de nos ressortissants au Sahel par AQMI ont tragiquement illustré les liens que développent désormais les réseaux terroristes. Le terrorisme n’épargne aucune Nation . Récemment ce sont les chrétiens d’Orient qui ont été cruellement frappés. Mais nous ne devons pas oublier que les musulmans sont aussi par leur nombre les premières victimes du terrorisme islamiste. Dans cette région, nous devons donc montrer qu’à la complicité entre les terroristes répond la solidarité entre les gouvernements. Solidarité entre l’Occident et le monde arabe, solidarité entre les chrétiens et les musulmans.

La volonté de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire est une autre source d‘inquiétude, et pas seulement pour l’Occident. L’acquisition par l’Iran de la bombe déstabiliserait une zone où les tensions sont déjà extrêmement vives. C’est une perspective qui est inacceptable, inacceptable pour nous comme pour les Etats de la région. Nos intérêts de sécurité sont de fait partagés. A Istanbul au mois de janvier, l’Iran a opposé une fin de non recevoir à notre proposition renouvelée de dialogue sérieux sur son
programme nucléaire. Pour convaincre l’Iran de revenir à la table des négociations, nous allons devoir renforcer encore les sanctions. Nos intérêts sont également partagés concernant le processus de paix au Proche-Orient. La solution des deux Etats, avec la création d’un Etat palestinien d’ici la fin de 2011, est la seule qui soit à même d’apporter une stabilité durable dans la région. C’est la seule qui fasse droit aux aspirations nationales et légitimes du peuple palestinien ; et aux attentes tout aussi légitimes d’Israël en matière de sécurité. C’est la raison pour laquelle, nous souhaitons la relance immédiate du processus de paix avec une méthode plus collective, plus volontariste, qui associe davantage aux efforts des Etats-Unis, l’Organisation des Nations Unies et l’Union européenne. Au Liban où sont déployés les 1.450 soldats du contingent français de la FINUL, nous agissons avec plusieurs Etats de la région,
comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar, pour que la stabilité, l’indépendance et la justice soient préservées. Enfin dans une économie mondialisée, qui demeure dépendante du pétrole, la piraterie au large de la Somalie a un impact direct sur la prospérité de tous, dans les pays producteurs comme dans les pays consommateurs. Et je veux vous le dire, la France,
grande nation maritime, ne baissera pas la garde sur ses responsabilités face aux menaces en mer.

Je veux rendre hommage aux marins français qui, au sein de l’opération Atalante, luttent sans relâche pour préserver la liberté des mers. Et je veux à cette occasion rappeler que c’est la France, que c’est à l’initiative de la France qu’ont commencé les opérations de lutte contre la piraterie dans cette région.

Pour mieux répondre à ces défis, nous avions l’obligation d’adapter le dispositif français. La présence du Charles de Gaulle au large de Djeddah et vos exercices communs avec les unités de la marine saoudienne rappellent que notre partenariat avec l’Arabie Saoudite en matière de défense est solide. Depuis la mise en place de notre coopération, ce sont plus de 500 officiers ou ingénieurs militaires saoudiens qui ont reçu des formations en France. Et nos armées participent régulièrement à des exercices communs, comme « White Shark » pour les marines ou
« Green Shield » pour les armées de l’air. Demain, j’aurai l’occasion et l’honneur de rendre visite aux forces françaises aux Emirats Arabes Unis.
La création d’une base interarmées dit toute la volonté de la France de redéployer nos moyens dans cette région stratégique, et de rehausser notre coopération de défense avec les Etats de la région. Cette base vient en complément de celle de Djibouti pour faciliter la présence française dans l’océan Indien. L’installation à Abou Dabi de l’Amiral commandant la
zone militaire de l’Océan Indien, et de son Etat-major interarmées sont des gages de notre engagement au profit de la stabilité de la région et de notre propre sécurité, tout comme le sont la tenue d’exercices conjoints et la mise en place de formations y compris au profit de l’armée nationale afghane. L’Afghanistan en effet reste au coeur de nos préoccupations.

Vous revenez d’une mission au large de ce pays, à travers les quelques 200 missions réalisées par les avions du Charles de Gaulle vous avez apporté un appui considérable à vos 4.000 camarades engagés sur le
terrain. Ils mènent un combat difficile, et je veux ici saluer leur bravoure et – malheureusement pour beaucoup trop d’entre eux – leur sacrifice, je veux saluer leur professionnalisme, je veux saluer leur abnégation.

J’ai eu l’occasion de leur rendre visite l’année dernière en Afghanistan, et je me suis rendu à plusieurs reprises à l’hôpital Percy auprès des blessés. Je veux vous dire combien nos soldats m’ont impressionné par leur force de caractère. Il y avait dans leurs mots – et je pense en particulier aux blessés – il y avait dans leurs mots et il y avait dans leurs regards une résolution et une humanité qui m’ont profondément touché.

Aux combattants français en Afghanistan, j’ai décidé d’accorder le bénéfice de la campagne double sur proposition d’Alain JUPPE, cette juste reconnaissance du prix payé par nos soldats répond à une demande légitime de leur part. Leur engagement a permis des progrès importants, l’année 2011 marquera un tournant en Afghanistan avec le début du transfert de la responsabilité de la force internationale vers les forces afghanes. Et d’ici la fin de 2014, notre objectif c’est que les Afghans prennent en charge la responsabilité de la sécurité dans l’ensemble de leur pays.

Mesdames et Messieurs, le combat pour la paix, pour la liberté, pour les valeurs auxquelles nous croyons est un combat fondamental. Sur toutes les mers du globe, vous portez fièrement vos idéaux qui sont ceux de la France. Votre patriotisme est au coeur de votre engagement, et je sais qu’il vous commande des sacrifices. Votre réputation militaire est le
gage de notre influence diplomatique et stratégique. A vous qui placez votre vie au service de notre sécurité et de notre indépendance, je veux adresser les remerciements de la Nation.


Accompagné de l’amiral Forissier, chef d’état major de la marine, du contre-amiral Kérignard, commandant de la force aéromaritime de réaction rapide française et du capitaine de vaisseau Rolland, commandant du porte-avions Charles de Gaulle, le Premier ministre a visité le bâtiment et assisté à des démonstrations de catapultages et d’appontages d’avions. François Fillon s’est ensuite adressé à l’équipage du « navire amiral de la flotte française de combat », fort d’environ 2000 personnes : « vous êtes le symbole de la détermination de la France à assumer pleinement ses responsabilités dans un monde en plein bouleversement », a-t-il souligné.

Le Premier ministre a également évoqué le départ du Président de l’Egypte, Hosni Moubarak. « Je tiens à rendre hommage à cette décision courageuse de quitter le pouvoir, décision qui répond aux fortes aspirations du peuple égyptien à la démocratie, à la liberté, à la dignité », a déclaré François Fillon, ajoutant que « c’est aux Egyptiens qu’il revient d’apprécier l’action d’Hosni Moubarak et la trace qu’il laissera dans l’histoire de son pays, mais personne ne pourra contester la contribution qu’il a apportée à la cause de la paix dans la région ». Le Premier ministre a également indiqué souhaiter que la « transition […] soit démocratique, pacifique et crédible et qu’elle aboutisse à des élections libres et transparentes ». « Nous souhaitons que l’Egypte puisse conserver le rôle majeur qu’elle a toujours exercé sur la scène régionale au service de la stabilité du Proche et du Moyen Orient », a également souligné le Premier ministre.

Long de 261,5 mètres, large de 64 mètres, haut de 75 mètres, le porte-avions Charles de Gaulle est en mission depuis le 28 octobre 2010 dans le cadre de l’opération « Agapanthe » de soutien aux opérations menées en Afghanistan. Le bâtiment a également participé durant quelques jours à l’opération « Atalante » de lutte contre la piraterie dans le Golfe d’Aden et procédé dans la région à différents exercices avec des forces armées de pays amis (Inde et Emirats arabes unis). Le 12 février, jour de la visite du Premier ministre, le Charles de Gaulle a effectué l’exercice White Shark avec les forces armées royales saoudiennes. Le porte-avions dispose de 40 aéronefs, dont 10 Rafale Marine, 12 Super Etendard modernisés, 2 avions de guet Hawkeye et des hélicoptères Puma, Dauphin et Alouette. Il sera de retour à sa base de Toulon le 23 février 2011 au terme de quatre mois de mission.

 

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À propos de Maï SALAÜN

Tous les grands qui ont réussi dans le passé ont été des visionnaires, des hommes et des femmes qui se sont projetés dans l'avenir. Ils ont pensé à ce qu'ils pourraient être, plutôt qu'à ce qu'ils étaient déjà et ensuite, ils se sont mis en action pour faire de leur vision une réalité. Femme libre indépendante intolérante indécente incandescente. Une extrémiste de l amour et totalement conformiste sur la vie avec une arme de destruction massive : le facteur travail. J'ai les goûts les plus simples du monde, je ne me contente que du meilleur.

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