Départ « annoncé » de Bernard Thibault de la tête de la CGT

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Ce que cache l’affaire du départ de Bernard Thibault

Par Emilie Lévêque – publié le 27/01/2011 à 18:37

Le numéro un de la CGT dément vouloir abréger son mandat à la tête du syndicat. Il qualifie de « fantasme » la rumeur de conflits internes. Info ou intox?

Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault (ici lors d’une conférence de presse à Montreuil le 17 janvier 2011) a démenti vouloir quitter ses fonctions avant la fin de son mandat.
REUTERS/Charles Platiau

Sous le titre « Bernard Thibault veut jeter l’éponge« , Le Parisienécrit dans son édition du jeudi 27 janvier que le numéro un de la CGT a fait part à son entourage, en décembre, de son intention de céder son poste à la fin de l’année 2011, alors que son mandat – le troisième – court jusqu’à fin 2012. L’information a étévigoureusement démentie par l’intéressé dans la journée, qui dénonce une tentative de déstabilisation. Mais le quotidienpersiste et signe, affirmant que la question du départ de Thibault figurait bien à l’ordre du jour du bureau confédéral de lundi.

Bernard Thibault souhaite-t-il vraiment partir?Malgré un boycott des voeux sociaux de Nicolas Sarkozy très remarqué et le refus de rencontrer le nouveau ministre du Travail Xavier Bertrand, il est vrai que depuis le début de l’année, le leader cégétiste se fait discret dans les médias. « Je pars à la fin de l’année de manière à ce que mon successeur soit en place avant les présidentielles ». Le Parisien n’en démord pas: ces propos ont bien été tenus le 21 décembre au soir, lors d’un séminaire très privé avec les membres de l’état major de la centrale syndicale. « Personnellement, je suis persuadé que Bernard Thibault cherche vraiment à partir, confie à L’Expansion.com Dominique Andolfatto, professeur en science politique à l’Université de Nancy et co-auteur avec Dominique Labbé du livre « Toujours moins. Déclin du syndicalisme » (Gallimard, 2009). L’info vient sans aucun doute de l’entourage. »

Pour quelles raisons?Il est « fatigué », écrit Le Parisien. « Je pense effectivement que Bernard Thibault a épuisé les charmes de la fonction depuis assez longtemps. D’abord, il n’était sans doute pas formaté pour cette fonction. Contrairement à ses prédécesseurs – Séguy, Krasucki ou Viannet -, il n’a pas grandi dans le sérail, explique Dominique Andolfatto. Il n’a pas été longtemps un apparatchik de la CGT et du PC. C’est un peu par hasard qu’il s’est retrouvé à la tête de la CGT, parce que celle-ci traversait une crise grave et que se posait le problème de son leadership. Thibault, qui s’était fortement engagé dans le mouvement social de 1995, est apparu comme une figure incontournable, pour ne pas dire un homme-providentiel pour la CGT à la fin de la décennie 90. »

Qu’est-ce qui l’a tant épuisé?« Les difficultés à réformer l’organisation de la CGT – dont les effectifs continuent à reculer -, les difficultés à inventer une organisation plus dynamique en termes de syndicalisation, certains affrontements qui semblent prendre parfois une tournure personnelle comme avec Didier le Reste, de la fédération des cheminots », énumère Dominique Andolfatto. Autrement dit, la relative impossibilité à faire évoluer le « mammouth » CGT, en tous les cas à le faire évoluer suffisamment vite selon Thibault. Sans oublier le long conflit sur la réforme des retraites l’an passé, qui s’est soldé par un échec pour la CGT puisqu’elle n’a obtenu aucun résultat, en dépit de la popularité du mouvement.

Bernard Thibault est-il contesté en interne?Oui, et depuis longtemps. Quant il est élu secrétaire général de la CGT en 1999, il procède en effet à un important aggiornamento du syndicat, privilégiant la négociation à la lutte. « Dès le début, cela a évidemment heurté en interne, commente Dominique Andolfatto. Les « enclumes » ont cherché à résister aux évolutions. » Thibault parvient dans un premier temps à convaincre. Mais les esprits se bloquent peu à peu. En 2005, la CGT vit une crise historique: Bernard Thibault, qui défend le « oui » au Traité constitutionnel européen, est mis en minorité par le comité confédéral national – le parlement interne du syndicat. « C’est à partir de ce moment-là que les choses vont se dégrader sérieusement entre Bernard Thibault et une partie des composantes ou sous-leaders de la CGT », estime Dominique Andolfatto. Le leader cégétiste menacera d’ailleurs de démissionner à cette période.

Depuis deux ans, la base militante l’accuse en outre d’être trop consensuel dans ses relations avec le gouvernement et le patronat. Le 17 août 2009, le délégué CGT de l’usine Continental de Clairoix, Xavier Mathieu, a suscité la polémique en traitant Bernard Thibault de « racaille » et en l’accusant de « frayer » avec le gouvernement. On lui reproche aussi le rapprochement avec la CFDT, symbolisée par la création de l’intersyndicale fin 2008. Bernard Thibault et son homologue de la CFDT François Chérèque ont marché main dans la main durant le conflit sur les retraites. Cette « CFDTisation » de la CGT « est très mal vécue par les bases militantes de la CGT », explique Françoise Piotet, professeur de sociologie à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, qui a enquêté pendant trois ans auprès des organisations locales et des structures interprofessionnelles cégétistes (« La CGT et la recomposition syndicale », PUF 2009). Pour ces militants cégétistes, l’ennemi numéro un c’est la CFDT, pas FO ou Sud. » Néanmoins, « l’opposition à Thibault est moins forte que son soutien, nuance-t-elle. La preuve: il a été réélu pour un troisième mandat en 2009. »

Qui sont ses successeurs potentielsLa question de la succession n’est pas réglée. Selon Le Parisien, Bernard Thibault souhaiterait que ce soit Nadine Prigent, secrétaire confédérale issue du secteur de la santé, qui lui succède. « Ce changement serait symbolique de la place désormais acquise par les femmes dans la CGT, longtemps une affaire exclusive d’hommes, souligne le politologue. En termes de transformations et d’avenir de la CGT, cette désignation se justifierait pleinement. Reste à se demander si l’intéressée a la carrure… » Les autres noms évoqués sont ceux d’Eric Aubain, le monsieur « retraites » de la CGT, issu de la fédération de la construction, de Frédéric Imbrecht, ex-secrétaire général de la fédération de l’énergie et de Thierry Le Paon, chargé de négocier sur la formation professionnelle.

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À propos de Maï SALAÜN

Tous les grands qui ont réussi dans le passé ont été des visionnaires, des hommes et des femmes qui se sont projetés dans l'avenir. Ils ont pensé à ce qu'ils pourraient être, plutôt qu'à ce qu'ils étaient déjà et ensuite, ils se sont mis en action pour faire de leur vision une réalité. Femme libre indépendante intolérante indécente incandescente. Une extrémiste de l amour et totalement conformiste sur la vie avec une arme de destruction massive : le facteur travail. J'ai les goûts les plus simples du monde, je ne me contente que du meilleur.

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